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63ème Congrès De La FNPHP, 20 et 21 Juin 2007, Biarritz

 

 

Discours Officiel D'Antoine PIGOT,
Président De La FNPHP

Madame SOUBEYRAN conseillère technique, représentant Monsieur Michel BARNIER, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche

C'est avec grand plaisir que nous vous accueillons à notre 63ème congrès, étant tout à fait convaincus que c'est bien l'horticulture qui a motivé votre venue et non la magnifique plage que nous avons à nos pieds. Lors de notre précédente rencontre, dans le bureau de l'ancien Directeur de Cabinet M. LECOURTIER, vous m'avez dit aimer beaucoup les plantes et que vous en achetiez régulièrement.

Plus sérieusement, la tradition syndicale veut que cette intervention soit l'occasion de vous exposer nos revendications et nos difficultés professionnelles.
Je n'y manquerai pas !

Et l'implication des professionnels dans les groupes de compétence, que nous avons créés au sein de notre fédération, nous apporte une vision objective des problèmes rencontrés sur le terrain.

Energie, calamités agricoles, problèmes phytosanitaires, gestion de l'eau, emploi, formation, tous ces sujets sont débattus et le travail effectué nous permet d'être une force de proposition.
Mais j'ai la conviction que l'avenir de nos métiers de l'horticulture, passe par une vision plus prospective que le simple réflexe de défense, et c'est aussi à cela que nous nous attacherons.Je ne reviendrais pas sur les chiffres clés de l'horticulture, car j'ai eu l'occasion de présenter notre secteur d'activité à Madame LAGARDE notre nouvelle Ministre de l'agriculture et en votre présence.

Vous avez pu mesurer que notre secteur, est fortement employeur de main d'œuvre, avec des coûts salariaux qui constituent de 30 à 70% de nos coûts de productions.Certes des allègements de charges sont consentis à nos entreprises, mais nous sommes toujours  confrontés à des disparités flagrantes, tant en terme de coût salariaux, qu'en terme de législation du travail, et cela à l'intérieur même de la communauté européenne. Lors d'une mission très récente de la commission emploi de la FNSEA, à Bruxelles, nous avons pu constater qu'un pays fondateur, comme la Belgique, s'est doté d'une législation sur le travail saisonnier tellement favorable qu'elle entraine un dumping social créant une distorsion de concurrence avec la production française : pas de contrat de travail, durée du travail non plafonnée, sans majoration pour les heures supplémentaires,....  Nous ne pourrons pas continuer bien longtemps ainsi, perte de compétitivité, abandon des productions les plus consommatrices de main d'œuvre, avec de telles disparités sociales. La rigidité du droit du travail français a été largement évoquée au cours de la campagne présidentielle et les attentes sont fortes chez les employeurs. Allons-nous une fois de plus en rester aux bonnes paroles, où les intentions vont-elles se transformer en actes.Il faudra un véritable courage politique pour entreprendre des réformes dans ce domaine. Le nouveau gouvernement a assuré que la loi prendrait toujours en compte les accords entre les partenaires sociaux. Il faut donc que la FNSEA soit présente à la table des négociations pour faire valoir les demandes spécifiques de nos professions. Nous comptons sur vous pour relayer notre demande auprès de votre collègue, le Ministre du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité.

Aujourd'hui, nos entreprises subissent des pressions réglementaires environnementales toujours plus contraignantes, le principe de précaution étant posé en préalable à toute discussion. Le plan pesticide 2007-2009 élaboré unilatéralement par votre ministère, qui prévoit le retrait total ou partiel de 47 matières actives, conduit à des impasses techniques dans de nombreuses productions, et conditionne par là-même l'existence de certaines entreprises. Certes les extensions d'homologation pour usages mineurs nous ont permis d'utiliser légalement des produits homologués sur d'autres cultures mais au prix d'un travail de plus en plus lourd pour notre institut technique obligé de se substituer aux industries phytosanitaires qui refusent d'en supporter la charge. Jusqu'à encore récemment, votre ministère appuyait par sa signature notre démarche ; nous sommes aujourd'hui obligés de constater qu'il se désengage. Cela ne va pas dans le sens d'un soutien à notre secteur.Une négociation sur l'utilisation des pesticides est déjà en cours au niveau européen qui vise à harmoniser les législations entre états membres avec pour objectif une diminution significative des matières actives.
Pourquoi la France veut-elle à nouveau creuser l'écart ?

Nous sommes sensibles à la nécessité de la réduction de l'usage de produits phytosanitaires, et cette évolution serait sans conséquence grave si tous les Etats membres avaient cette même sensibilité.Malheureusement, la disparité des réglementations conduit à des distorsions de concurrence très dommageables pour de nombreuses entreprises. Nous avons d'ailleurs saisi à ce sujet, l'observatoire des concurrences mis en place par votre prédécesseur.Où est la logique,  puisque nous n'avons aucune traçabilité des traitements pesticides des végétaux entrants sur notre territoire.Cela renforce notre détermination à obtenir la mise en place de réelles barrières phytosanitaires qui doivent aussi empêcher l'entrée de nouveaux organismes nuisibles dont nous subissons de plus en plus fréquemment les agressions.
Dernier exemple en date : le " potato spindle tuber viroid ", introduit en France alors qu'il était déjà présent dans plus de 50 entreprises hollandaises.La conséquence économique pour nos entreprises est l'augmentation des contrôles sur site entrainant la mise en quarantaine des végétaux  à leur stade de mise en marché. Non seulement la liste des organismes nuisibles augmente continuellement, mais, par principe de précaution, la liste de végétaux contrôlés  s'allonge sans justification scientifique. Ainsi dans le cas du Phytophthora ramorum,  2 espèces étaient concernées à l'origine, plus de 50 le sont aujourd'hui.
Cela ne va pas dans le sens d'un soutien à notre secteur.

Toujours au nom de ce fameux principe de précaution, le fonctionnement même de nos entreprises se trouve remis en question.  Imposer un délai arbitraire de ré-entrée dans une serre ou une parcelle de culture après traitement sans s'appuyer sur des données concrètes et objectives nous amènera certainement à une relation de nature beaucoup plus conflictuelle avec vos services ! Aujourd'hui 24 heures, 48 heures, pourquoi pas 72 ou 96 ?Nous devons sortir de cette impasse dans les meilleurs délais, en recourant à  l'expertise de  notre institut technique ASTREDHOR.Il faut à ce propos souligner l'importance de ce réseau d'expérimentation dont le champ de compétences  s'est considérablement élargi depuis quelques années, soit à notre demande pour nous aider à progresser techniquement soit pour rechercher des solutions alternatives lorsque la réglementation évolue.

Les grands enjeux techniques auxquels nous sommes confrontés répondent à une pression sociétale toujours plus forte : l'énergie, avec une obligation de réduire l'utilisation des énergies fossiles et la gestion des déchets dont l'impact environnemental doit fortement diminuer.L'étude réalisée par l'ADEME en collaboration avec l'ASTREDHOR et le CTIFL a  démontré d'abord la nécessité d'informer les professionnels sur les solutions d'économie d'énergie efficaces et simples à mettre en œuvre, ensuite de recenser et analyser les initiatives locales afin de mutualiser les expériences, enfin rechercher des solutions alternatives, aussi bien en source d'énergie qu'en équipements techniques.  Le rapport de Philippe Mauguin  présenté l'an dernier lors de notre précédent Congrès préconisait qu'après la réalisation de cette étude, le Comité de Suivi du Plan Energie dont VINIFLHOR assure le fonctionnement, soit doté d'un réel pouvoir de coordination et permette donc une avancée rapide des travaux ainsi engagés. Nous en avons un besoin urgent!

Nous devons aussi penser à la réduction des déchets produits par nos entreprises. La législation a failli nous imposer, sans concertation, l'obligation d'utiliser des contenants et des paillages plastiques incorporant  une forte proportion de matières végétales. Or, à ce jour, cela nous conduit à une impasse technique totale.Il faut donc là encore solliciter l'ASTREDHOR pour rechercher et expérimenter des solutions de substitution.

L'ASTREDHOR  a entrepris les démarches lui permettant d'acquérir le niveau de qualification requis par le Ministère afin d'être reconnu en tant qu'expert pour le secteur horticole.En retour, votre soutien financier nous est indispensable.

Au-delà des aspects techniques pour maintenir nos capacités de production, nous avons mis en place un outil interprofessionnel pour développer nos marchés en stimulant la consommation de végétaux. VALHOR a terminé avec la communication " Fêtes  des Mères " sa première année de campagne de promotion générique ce qui coïncide avec le renouvellement de l'accord permettant sa reconnaissance. Il est fondamental, afin de  donner à Valhor une visibilité suffisante pour ses programmes, que l'accord couvre une période de 3 ans.  Nous avons besoin de votre soutien sans faille qui ne doit pas se laisser influencer, par des interventions de certains acteurs de l'aval de notre filière, qui considèrent le végétal comme un accessoire sans réelle valeur.

A travers les besoins exprimés jusque là, vous percevez l'importance d'une politique globale pour l'horticulture. J'ai toujours soutenu que, pour garantir une équité entre les producteurs, il fallait que VINIFLHOR soit le gestionnaire de l'ensemble des moyens dévolus à notre secteur.Cela a été bien compris en ce qui concerne la " Circulaire Serres " qui est un véritable outil de modernisation et d'orientation des équipements de production mais que nous devons améliorer pour une meilleure égalité d'accès.La dispersion des moyens financiers dans les régions, ne peut que conduire au saupoudrage et à l'inefficacité, comme par exemple le Plan Végétal Environnement, dont les montants sont inadaptés au regard de nos besoins d'investissement. Et pourtant, ces financements nous sont indispensables pour faire face aux adaptations nécessaires de notre outil de production, et supporter la crise actuelle que traverse notre profession, en raison de la baisse sensible de la consommation de végétaux.

Voici le cœur de nos préoccupations, sur lesquelles porte l'essentiel de notre réflexion, et qui constitue le thème central de notre congrès.

Notre premier objectif : maintenir par tous les moyens la capacité de production des entreprises,  car chaque disparition affaiblit un peu plus l'ensemble de la filière.Le groupe de travail " Pérennisation et développement des entreprises horticoles "  a recensé les aides financières auxquelles peuvent accéder les entreprises du secteur  et a procédé à l'audit des besoins des chefs d'entreprises.L'atelier qui s'est tenu ce matin va nous permettre d'élaborer un plan d'action stratégique, comprenant un volet conjoncturel, auquel nous ne manquerons pas de vous associer comme nous l'avons déjà fait lorsqu'il s'est agi de modifier le régime d'indemnisation des calamités agricoles pour l'adapter aux besoins de nos entreprises.Cette collaboration a permis des avancées significatives qui ont montré leur remarquable efficacité lors de récents sinistres.
Il est aussi primordial que vous appuyiez nos démarches auprès du secteur bancaire pour l'inciter à plus de compréhension et d'engagement à nos cotés.

Parallèlement, nous devons tirer le marché vers la production française. Cela se fera par une forte communication sur les valeurs que portent notre métier et nos produits. Tous les efforts et les adaptations que j'ai évoqués précédemment doivent être valorisés au moyen d'une identification de la production française.Les campagnes de promotion générique menées par Valhor doivent permettre, à terme, une augmentation de la consommation de végétaux.  Il est de notre responsabilité que les producteurs français soient les premiers bénéficiaires de ces actions.

Nous attendons que vous souteniez fortement ces deux axes prioritaires pour le maintien de nos entreprises, la relocalisation de la production et la réduction du déficit de la balance commerciale des produits de l'horticulture.

Vous pouvez le constater, de nombreux sujets à court et moyen terme requièrent une étroite collaboration entre notre Fédération et vos services, dont nous apprécions d'ailleurs la disponibilité et la réactivité.

Vous pouvez compter, Madame la conseillère, sur notre détermination à suivre attentivement tous ces dossiers et si quelquefois nous pouvons être durs de la feuille, nous savons aussi faire pousser les idées.

 

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